2019 - 2020

MATÉRIALITÉS

À travers les questions soulevées par le film expérimental dès sa naissance, le thème de 2019-2020 met en parallèle la matière filmique et la matière urbaine dans leurs qualités de matières premières de création spatiale.

Nous avons ainsi abordé la question du film expérimental et de sa capacité de raconter la ville et l’architecture. Nous avons expérimenté, à travers la technique du Super 8, les possibilités créatives que présente le film sur pellicule. 

Après plusieurs années d’expérimentation de la vidéo dans la cadre de l’Option Cinéma et Architecture, il est apparu évident que le travail de la pellicule pourrait apporter une grande ouverture et une liberté de création, en même temps qu’un plus grand engagement avec la ville et la société qui pousse à s’interroger sur l’escalade du commerce technologique et de s’intéresser à la fabrication et aux bases mêmes de pensée et de création filmique, comme de toute création en général. 

L’abandon de l’analogique a longtemps été considéré comme un progrès, alors que, avec sa mise à l'écart, de nombreuses possibilités d’exploration, d’expérimentation et d’innovation ne pouvaient pas être reprises par le numérique. Dans tous les domaines, on observe une reprise des dispositifs, des techniques et de certaines manières de faire illimitées en potentiel créatif qui ont été trop vite poussées par les industries du numérique et de la technologie de pointe à la quasi-disparition. Ainsi, on assiste depuis quelques années au retour de l’argentique, des plaques photographiques, du polaroïd, des vinyles, des procédés alternatifs et d’une grande liberté de mixage de techniques, de supports, de modes opératoires dans tous les domaines de l’art et de la création. 

Le travail avec la pellicule permet de comprendre le processus de création et d’y intervenir, de travailler sur la mise en mouvement et la vitesse de projection. Le film devient à la fois moyen et finalité, matérialité et virtualité, matière et mouvement. Cette compréhension ouvre le champ d’une plus grande compréhension pour nos étudiants architectes de la relation matière-temps-mouvement-espace, ce qui laisse la liberté d’intervenir de manière créative à chaque phase de création, de représentation et de communication. 

Le laboratoire La Bobine a transmis aux étudiants un savoir-faire précieux et un "savoir penser" la production filmique d’une manière élargie jusqu’à toucher aux frontières de la pensée et la production d’espaces. Le laboratoire Super 8 (et 16mm) est doté de plusieurs caméras, de projecteurs et de tout le matériel nécessaire à la réalisation, à la production, au développement et à la projection du film sur pellicule. L’expérimental est un milieu ouvert à la cohabitation, voire à l’hybridation des pratiques. Le travail sur le cinéma argentique permet le travail sur le photogramme, l’intervention physique sur le support, la prise en compte du défilement d’image et des possibilités de superposition, alternance, intermittence. 

L’équipe des réalisateurs de La Bobine, les conférenciers et d’autres invités de l’Option ont le rôle de partager leurs savoirs et expériences, leur métier, leur manière de réaliser et de construire le film, leur regard critique, et de passer à travers des rencontres les secrets de leur style et de leur art de regarder et de communiquer le réel. Quel est le rapport que ces cinéastes entretiennent avec la ville, quel est leur usage des outils et des méthodes du cinéma ? Quelle est leur vision critique, leur expérience avec la ville et les êtres, leur quotidien et quels sont leurs savoirs, pouvoirs créatifs et repères ? 

Un thème général est proposé à réflexion et à l’exploration dans l’Option Architecture et Cinéma cette année : Matérialité/ film - Architecture. Ce thème englobe plusieurs voix exploratoires qui permettront aux étudiants, collaborateurs et enseignants de se rejoindre sur leurs territoires d’expertise et d’intérêt respectifs. 

Plusieurs sites ont été investigués, tant des sites traversés/longés sur le chemin quotidien et investis d’un autre regard, que des lieux désaffectés (non affectés) ou à l’abandon, c’est-à-dire les futurs lieux de transformation de la ville, qui nécessitent un travail plus archéologique. 

Tous ces lieux génèrent des dispositifs de mouvement particuliers et s’avèrent tous des lieux d’exploration des capacités spatiales narratives et expressives des espaces architecturaux que le travail filmique – ses méthodes, ses outils, ses modes opératoires et ses voies créatives – apporte aux architectes, avec des pistes créatives insoupçonnables, au point où leur regard critique et créatif en sera transformé. Ces questionnements sont engageants de point de vue réflexif, théorique et aussi critique et citoyen. 

1er prix : Résurrection

2e prix : Dystopie

3e prix : D’instantanés